mardi 29 janvier 2008

Ivresse, quand tu nous tiens


Gni, je ne poste pas assez sur ce blog. Enfin bon, mieux vaut la qualité que la quantité, non ?

Les péripéties reprennent avec une nouvelle étape atteinte sur le sol nippon ; celle de la première cuite. Comme certains le savent, mes beuveries sont équivalent à un tremblement de terre force 7 sur l’échelle des malheurs du pauvre petit Richter. Cette fois-ci n’aura pas fait exception à la règle en métal sur laquelle j’avais pris l’habitude d’écrire soigneusement mes feuilles de pompe au collège.

Bref, samedi dernier, l’étrange envie nous prend de sortir. On va à un restau où tout est à volonté pour 3000 yens (autant la bouffe que l’alcool, bien que ma préférence première soit pour le second). Autant vous dire qu’après ça, mon taux d’alcoolémie aurait fait pâlir tout bon ivrogne qui se tient chancelant à la buvette du coin. J’arrive tant bien que mal à chausser mes converses ; elles sont un peu comme une capote trop petite ; pas facile à enfiler à la base, et la manœuvre devient carrément casse-gueule avec une cafetière pleine de tout sauf du café. Je ne le répèterai jamais assez, mais les mélanges, c’est mal.

Et là, je soupçonne quand même une manigance vicieuse de mes colocs, qui décident de prolonger la soirée à ID. Et à ID, on boit le fameux thé glacé de la trop connue Long Island…

Autant vous dire qu’en trente minutes, je sens ma limite atteinte, illustrée ci-dessous.



J’étais aux alentours de la ligne violette durant une bonne partie de la soirée, mais soudain, mon corps se met à se révolter comme toute cette débauche et atteint sans prévenir la ligne rouge. J’ai à peine le temps d’envoyer un sms d’aide à la syntaxe superbement douteuse à Takao que je suis dans les toilettes à me vider de mon trop-plein de détresse. A partir de ce moment crucial, je ne sers plus à rien. Un peu comme l’appendicite, je suis juste là pour faire chier le monde. Dans ce contexte, je n’aurai d’autre utilité que celle de gâcher la soirée de mes potes.

Takao arrive. Dans un dernier geste de survie, je déverrouille la porte des toilettes, et dès que sa main se pose sur mon épaule, je lui délègue toute responsabilité sur ma pauvre personne dans une dernière cascade saumâtre se répandant en gerbes colorées sur la cuvette ruinée (qui aurait dit qu’un tel moment se prêterait au lyrisme ?).

Je vous épargne les détails sordides, mais il faut que vous sachiez que je me rappelle de tout, comme à chaque fois. C’est un peu comme si j’étais prisonnier d’un corps mou et tremblant, sans aucun contrôle sur ce qui se passe, c’est super chiant. Je comate doucement sur le trottoir, avec Takao qui me caresse le dos. J’ai même pas la force de rire à la pensée que c’est seulement dans des moments comme ça qu’il me montre de l’affection.

Le lendemain, j’ai mal aux cheveux, mais au moins, je me dis que de telles expériences ne peuvent que rapprocher les gens entre eux. A voir, dites-vous ? C’est en tout cas ce qui s’est passé avec la charmante jeune femme à gauche sur la photo de cette article, il y a bien longtemps… mais c’est une autre histoire !

dimanche 20 janvier 2008

Flocon d'humanité


Samedi dernier, j’ai fait un rêve.

J’ai rêvé que mes pas foulaient l’asphalte d’une rue allant vers la gare de Nagoya, et que dans cette rue, il y avait des gens qui marchaient à sens inverse. Et, aussi curieux que ça puisse paraître, je connaissais chacune de ces personnes.

Il y avait ma sœur, ce petit bout de femme qui s’est changée en papillon sans que je ne m’en rende compte. A quoi puis-je servir, maintenant qu’elle a pris son envol.

Il y avait Sandra et Jordan, main dans la main, regardant dans deux directions différentes, mais marchant vers le même but. Si la complicité amoureuse était à inventer, ils seraient les détenteurs de l’unique brevet. Sans rien avoir à faire, ils maintiennent flamboyantes les quelques cendres du foyer qu’il reste dans ma cheminée sentimentale.

Il y avait Paul, dont les foulées frôlent celles des plus grands, sans pour autant encore parfaitement s’accorder à leurs empreintes. Mais veut-il seulement égaler les hauteurs, ou étonner en enjambant celles-ci pour aller encore plus loin ?

Il y avait aussi Anatole, fruit d’un échange anodin de la Toile, qui a réussi à tisser des liens entre la France, l’Autriche, et le Japon. C’est à lui que je dois le début de cet article, sans qui le rêve n’aurait sans doute jamais eu lieu. Il faut une amorce à chaque idée, et, pour celle-là, ce fut lui l’amorce.

Et puis il me prend de tourner ma tête de l’autre côté de la chaussée, sur le trottoir d’en face. Ignorant jusqu’à l’existence de ce récit, que ce soit par une barrière langagière, par un manque de temps ou d’intérêt, ou tout simplement parce que j’ai tout fait pour ne pas leur communiquer l’adresse de mon blog, ils poursuivent leur chemin, sans prêter attention à moi.

Il y a Takao, dans le regard duquel je me noie un peu plus chaque jour, sans avoir prévu de bouée de sauvetage.

Il y a aussi Jessica, cette fille pleine de vie et d’énergie folle qui a eu le don de m’apprendre à rire.

Je discerne Jet’san, qui a commandé de l’eau gazeuse lors de mon dernier repas en France, alors que j’ai commandé de l’eau plate. On pourrait croire qu’il n’y a rien de plus triste que de trinquer avec de l’eau, et bien si ; ce qui est encore plus triste, c’est de trinquer avec deux eaux différentes.

Et puis bien sûr, il y a Aubry. Les gens qui ont comptés ne comptent-ils pas pour toujours, en fin de compte ?

Et puis j’arrive finalement à la gare, où mon groupe m’attend pour une journée à la neige. Je leur souris, sans leur parler des gens que j’ai rencontrés en chemin. Des gens du passé, du présent, du futur, et parfois même des trois à la fois.

Je me réveille alors dans mon présent plus-que-parfait, il est très tôt encore. On se prépare à partir, l’excitation est palpable. Dans le bus, je m’assoupis, et quand je réouvre mes yeux, j’ai du mal à étouffer un cri d’extase. Les blocs de béton que sont les immeubles de Nagoya ont laissé la place à une myriade de montagnes enneigées. De la neige, de la neige partout. Au loin, les villages recouverts du glaçage céleste dégagent une puissante impression de sérénité. Sur le bord de l’autoroute, la poudre blanche rassemblée forme d’immenses congères nous accompagnant vers la station. Jamais je n’aurais cru que le Japon pouvait être si hivernal. Je ne cache pas mon émerveillement ; c’est vraiment magnifique.

Arrivés sur place, on loue tout l’équipement nécessaire. Avant de continuer, il faut que je vous dise que j’ai adopté une stratégie qui devient de plus en plus indispensable ; j’essaye autant que je peux de désacraliser Takao. Je m’explique.

Takao est pratiquement un dieu vivant, d’accord. Seulement, si le dieu a des défauts, des lacunes, des tares, que sais-je, il devient un homme, ce qui est déjà beaucoup moins flatteur. C’est en lui trouvant des défectuosités que je vais réussir à me détacher de lui. Vous suivez la logique ? Je n’en doute pas, ô lecteurices adeptes des jeux d’esprit.

Ca fait depuis une bonne semaine que je scrute la moindre imperfection chez lui, et pour l’instant, rien. Ses yeux marrons (pourtant, c’est vrai-ment pas mon truc d’habitude) sont à tomber, même sa tête enfarinée du matin me fait fondre comme neige au soleil. C’est pour dire que tous mes espoirs reposent dans l’absence de sa capacité à faire du snowboard. En d’autres termes, il a plutôt intérêt à s’enfariner la gueule dans la poudreuse ; mon équilibre émotionnel en dépend.

Je me suis jusqu’à présent démarqué de mon groupe par mon inaptitude à parler le japonais, alors que tous les autres se débrouillent très bien. Ce coup-ci, je me la joue différemment aussi, mais dans un tout autre domaine. Bien plus agréable que d’être un sourd muet au pays des chinoiseries, je me trouve être le plus doué en snowboard. Dire que les autres en chient des bulles carrées sur leur planche relève d’un doux euphémisme. C’est d’ailleurs étonnant à quel point la contemplation de pauvres âmes en galère peut être grisant.

Takao est en plein naufrage dans les vagues de neige, j’exalte d’une joie malsaine. Et puis vient le moment où, passé le contentement de se sentir pour une fois en avantage par rapport aux autres, on finit par adopter une démarche bien plus constructive ; on les aide autant qu’on peut.

Après quelques heures, tout le monde tient à peu près debout en dérapage, et certains casse-cous tentent même quelques virages audacieusement foireux. Mais à peine commence-t-on à s’amuser qu’il est déjà le temps de repartir.

Dans le bus du retour, je dis au revoir à la neige en silence, et la remercie au passage de m’avoir montré un Takao, certes, moins parfait, mais plus humain. Et en fin de compte, la perfection est bien le pire des défauts. Quand je finis par tourner la tête vers mes nouveaux compagnons de galère, il me prend l’envie de sourire. Ils dorment tous, bien dorlotés dans les bras de Morphée. Bonne nuit…

lundi 14 janvier 2008

Malice Sur Nagoya


Le week-end s’est passé sans accro ; j’ai dormi deux fois treize heures, c’est beaucoup trop. Le pire, c’est que plus on dort, plus on a envie de dormir.

Je commence à prendre mes marques, et à en faire aussi. Mes empreintes digitales se posent sur les bols, les poignées de portes et de tiroirs, et dessinent des mouvements qui deviendront très vite routiniers. J’ai également fait mes premiers pas du côté de la machine à laver, et j’ai découvert – à ma grande stupeur – que les japonais ne lavent pas leur linge avec de l’eau chaude… n’est-ce pas bizarre ? Bref, un peu la galère pour faire ma première lessive, mais rien de très grave.

Comme parfois le destin prend un tournant aussi incongru qu’une machine à laver n’utilisant que de l’eau glacée, je me retrouve à principalement parler à Takao. On sort manger ensemble, ce matin on a fait nos courses ensemble, et cet après-midi, on est passé à l’étape suivante ; msn.

Msn est tout de même une invention géniale ; elle permet d’exprimer en pixels ce qu’il n’est pas évident de prononcer en mots, ou, pire, en phrases. Mieux encore, msn rend possible un tas d’autres interactions, comme l’échange de musiques par exemple. C’est ainsi que Takao m’envoie des chansons merveilleuses, de ces morceaux qui me feraient fondre s’ils parvenaient de quelqu’un dont je pouvais espérer quelque chose, et, comme ce n’est pas le cas, c’est super bizarre. Il n’y a qu’à écouter les paroles, toutes sont d’une ambiguïté frôlant la mauvaise blague.

Le pire est atteint quand Takao m’envoie un lien vers l’image du début de l’article. C’est lui, il y a quatre ans. Bien sûr, il n’est plus aussi fashionisté que sur la photo, mais on le reconnaît quand même. Je ne sais pas trop quoi dire, j’hésite à lui demander pourquoi il m’a montré cette photo de lui (et je tiens à le préciser ; je n’ai rien demandé, hein), et au lieu de ça, je lui écris que maintenant, je suis encore plus contrarié qu’avant qu’il ne soit pas gay, et j’ajoute, histoire d’aggraver mon cas, que ce n’est pas grave, qu’il n’est pas le premier.

Là, il me demande ce que ça veut dire, ne pas être le premier, et, alors que je lui réponds, internet se coupe. Non mais j’ai quand même pas de pot…

Quand internet se réinitialise, je n’ose pas savoir s’il a reçu ma réponse ou pas, qui de toute façon était un peu embarrassante.

Comme quoi, le Japon casse mes convictions les unes après les autres ; j’étais certain qu’msn était mon allié, je n’en suis plus aussi sûr maintenant. Il va néanmoins me falloir régler ça, et face à face…

dimanche 13 janvier 2008

Ups, I Forgot My ID




Hier soir, mon charmant groupe est moi sommes allés à un club de Nagoya, connu sous l’insolite sobriquet d’ID. Oui, les japonais sont décidément des gens très inspirés. Il se trouve au centre de la ville, j’ai les yeux grands ouverts tout au long du trajet tellement je suis frappé par l’évidence qu’effectivement, je suis au Japon. C’est pas très évident de décrire cette impression ; que ce soit les voitures, les bâtiments, les rues, tout respire un empire qui est le premier à voir le soleil se lever le matin.

Après une tournée rapide dans un pub anglais (avec de la Guinness, mais oui !), on arrive donc à la boîte en question. Topher a eu le bon sens de prendre des tickets réduction qui rendent le coût d’entrée ridicule, ça mange pas de pain. Il faut montrer patte blanche, ou un ID, c’est selon. J’exhibe fièrement mon permis de conduire ; la photo effraie les armoires à glace gardant la porte qui me laissent passer sans problème.

Dans le club, c’est ambiance tamisée, musique hip-hop commerciale, et Long Island Ice Tea à volonté. Après la bière, autant dire que le thé glacé de l’île précitée a un peu de mal à passer, mais soit. On discute encore, on regarde les filles présentes. Moi, alors que je sirote ma boisson d’un air absent, je me demande quand va être le bon moment pour annoncer à mes amis que la première chose que je regarde chez une fille, c’est son mec.

Une fille de l’école se joint à nous. Assez petite, les cheveux bouclés, elle vient du Michigan. Elle a l’air sympa, et ce que j’admire surtout, c’est son courage à venir s’intégrer dans un groupe uniquement composé de membres masculins. Surtout quand on sait à quel point le susdit membre peut parfois leur monter à la tête au gré des verres consommés.

Bref, j’ai oublié de vous parler de la seconde chose que je n’aime pas à propos des japonais, et plus précisément, à propos de Nagoya. Figurez-vous, chers lecteurices à l’ébriété nocturne, que passé minuit, telle une Cendrillon à la vessie torturée par trop de thé glacé, tout le monde doit rentrer chez eux. Ceci est dû au fait que le moindre transport en commun s’arrête au douzième coup, ce qui force les gens à prendre des taxis indécemment hors de prix s’ils ratent l’ultime métro, bus, pousse-pousse, que sais-je.

Mais ce soir, on s’en fout. On boit en toute insouciance, parce que contrairement aux contes de fées, ici, il y a des toilettes publiques. Les premiers sous-entendus graveleux fusent à l’horizontale, la verticale, la diagonale ; la soirée peut commencer. Je remarque tout de même que Sarah, l’américaine, ne peut s’empêcher de faire ce que je m’évertue à éviter, l’envie ne me manquant pas ; rouler les yeux de dépit.

Autour de cette table circulaire, j’ai trouvé ma première alliée, et je n’hésite pas à me lever pour lui chuchoter à l’oreille que, non, elle n’est pas la seule à être déconcertée par certains de ces commentaires oiseux à peine dissimulés par la musique, parce que, s’ils sont trois ce soir à aimer les femmes, on est deux à aimer les hommes. Elle rit, me remercie de mon geste, et c’est à grands coups de regards entendus que l’on répond aux remarques de mes camarades.

L’alcool aidant, il est plus facile d’être soi-même. D’ailleurs les japonais excusent toute sorte de comportements si l’on est sous l’emprise de l’alcool. C’est pour eux un des seuls moyens de décompresser après 22 heures de dur labeur, d’où cette magnanimité culturelle. C’est ainsi que va m’apparaître la manière de tous les mettre au courant ; un par un. Topher sera le premier à la savoir, il n’a aucun problème là-dessus, et doute que les autres en aient. Sarah m’encourage vivement de continuer sur ma lancée. Eco, le moitié français, est le second à le savoir. Reste le plus dur, Takao. Admettre que je suis gay me retirera tout droit d’espérer de lui, j’en suis bien conscient. N’est-ce pas un sentiment idiot que celui de penser perdre quelque chose, alors qu’en fait, on ne l’a jamais vraiment possédé ?

Je lui dis, et il n’a pas de problème non plus, et me confirme par la même occasion que l’on sera amis, ce qui insinue « rien de plus ». Après cette épreuve, tout le monde se rue sur le dancefloor (se référer à l’image débutant l’article pour voir à quoi ça ressemble), et on se déchaîne. Surtout moi qui, bien qu’ayant définitivement perdu ce roi, ai ouvert le jeu pour permettre à d’autres d’y entrer. Yes, ID-id it.

Echec au roi

Dans toutes les histoires, il y a des pions, des coups de théâtre, des gagnants, des perdants. Des rois, des reines…

Ca fait quatre jours que je suis au Japon, et c’est le premier weekend que j’y passe. Il est temps de faire le point sur mes premières impressions, laissez-moi vous conter la suite de mon histoire.

L’intrigue se corse quand, à la fameuse fête de bienvenue, les autres pions font leur entrée. Il y aura ceux qui sont étrangers et qui, par une bizarrerie du destin, parlent français, et donc font de moi la nouvelle attraction nippone. Il y a des pièces importantes également, comme les tours ; elles sont isolées, mais mises à profit en se rapprochant du roi, elles deviennent dévastatrices. Mon meilleur coup aux échecs, c’est justement quand j’arrive à baiser le roi en alignant les deux tours sur deux lignes différentes de manière à coincer le pauvre souverain dans un coin.

Dans les échecs, tout est prémédité, calculé, anticipé. Je savais que cette partie avait beaucoup de chance de foirer, et ce, pour une raison évidente ; celle qui fait que 90% de la population est hétéro. Mais pour l’instant, le doute le plus complet plane sur cette salle remplie d’étrangers, dans tous les sens du terme.

On mange gratos, on boit de la limonade en toute allégresse, et j’apprends que je ne suis pas le seul à m’appeler Eco. En effet, non pas un, mais deux autres Eco sont présents. L’un est moitié français moitié anglais, et a l’air sympa. En le voyant, je me dis que si les eurasiens donnent pratiquement toujours un résultat génétique stupéfiant, il n’en va pas de même pour les couplages européens… mon jumeau patronimal n’est pas super mignon, mais c’est pas grave, il sera un bon pote ; un as (de carreau ; j’aime bien cette carte, mais c’est pas l’as que je préfère).

L’américain qui est venu me chercher à la gare est en pleine déconfiture face à une de ses ex, c’est marrant à voir. Je reste avec Rodney (le dominicain), Topher (l’anglais), et Takao (l’eurasien-mannequin-bogosse-de-la-mort). Ces salauds se sont torchés la gueule avant de venir, je me sens roulé comme une miche de pâte à pain dans de la farine transgénique. On finit par quitter la fête pour se rendre à une superette.

J’y achète ma première bière japonaise. Le liquide ambré coule dans ma gorge, réveillant mes papilles et me montant à la tête ; j’avais presque oublié à quel point c’était bon. Dehors, en équilibre sur une chaussée en pente, on parle des autres, de soi, on se découvre en pointillés. J’aime beaucoup ces moments en général, et je les déteste en même temps, parce qu’en général il y a toujours cette retenue favorisée par le fait que l’on ne se connaît pas encore, et qu’il est donc plus sage de cerner les gens pour mieux s’imprégner de leur caractère, et ainsi mieux prévoir le prochain coup de la partie. Une immense perte de temps à mes yeux ; ce serait tellement plus simple d’être soi-même dès les premières secondes, mais est-ce si évident que ça d’annoncer à un groupe inconnu qu’on est gay ?

S’il n’est pas forcément facile de le faire, il est étrangement naturel pour les garçons de parler de leur(s) copine(s), et mes camarades ne s’en privent pas. La moindre pin-up à entrer leur champ de vision se voit gratifier d’une appréciation plus ou moins flatteuse. Moi, je ris jaune (haha). Je demande à Takao ce qu’il faisait au Mexique avant de revenir ici à Nagoya, et, en l’espace d’une phrase, tous mes espoirs s’envolent sous la bise glaciale de l’hiver nippon. Il est allé voir sa copine, ou son ex, il ne sait pas exactement. Ils sont à moitié ensemble. Je commence à détester ce qui est de moitié.

Voilà ainsi la fin de la première partie qui se termine, selon les préférences, par un échec et mat de la reine adverse, ou, connaissant mes antécédents, par un « belotte, rebelotte, et dix de der’ ». Mais, après tout, ne dit-on pas que les échecs sont le fondement de la réussite ?

jeudi 10 janvier 2008

La règle du jeu


Je viens de sortir d’un meeting avec mes six coloc’s, pendant lequel on vient de décider des règles de vie de l’appartement, mais de là ne vient pas le titre de ce bulletin… J’ai toujours aimé les jeux, que ce soit le jeu d’échec, ou les jeux de cartes, tel que la belotte, ou encore le tarot. Ce soir, je vais vous abreuver de métaphores filées sur un plateau d’argent, que je suis magnanime !

Ce matin, je me réveille. Je me dis que c’est mon premier jour de classe, et je me remémore la veille. L’attente à la gare de Nagoya, perdu comme une pauvre loque sans un téléphone ni une carte de la ville… mais qui trouva malgré tout par une chance improbable deux de ses coloc’s ; un japonais, Yoshimasa, plein de boutons sur la gueule, un petit fou, mais de toute évidence d’une gentillesse alarmante, et Robert, américain, plutôt bogosse, mais dépourvu de la moindre conscience vestimentaire. Ils m’embarquent jusqu’à l’appart’. Pendant le voyage dans un métro décidément très japonais, je m’aperçois que Rob’ parle su-per bien japonais, on va l’appeler l’excuse, carte à priori inoffensive mais d’une importance déterminante qui peut servir à tout moment pourvu que l’usage soit tranchant de précision. Bien à l’inverse de mon habitude, je ne parle pas beaucoup ; j’observe. Je regarde les gens autour de moi, j’écoute mes deux camarades parler une langue que je comprends à peine…

Après un trajet sans fin à remorquer mes valises, nous arrivons à l’appartement. Style japonais, avec les portes coulissantes, les chaussures qu’on laisse à l’entrée, et les toilettes, qui pour une raison qui m’est inconnue, font apparemment bidet. Je monte à ma chambre, aussi spacieuse que mon studio à Londres, mais dépourvu de ce qui l’encombrait. Juste un futon à même le sol, un bureau, et ce qui tiendra lieu de penderie à l’air libre. Ca fera l’affaire. J’apprends qu’en plus de ces deux gars-là, il y a un allemand, un anglais, et un américano-latino qui ne sont pas encore revenus de leurs vacances. Serait-ce des pions ; pièces à priori obsolète mais au final décisoires ? J’ai du mal à attendre de les rencontrer.

Je me repose, je dors très bien ; sans doute dû aux pilules antidouleur qu’il me reste de mon opération. Le lendemain matin, je rencontre Rodney, l’américain d’origine dominicaine (le fameux américain qui parle espagnol, mais oui !). Il a l’air sympa, bien qu’un peu plus jeune que moi. Il sera le petit, carte qu’au tarot personne n’affectionne, tellement elle a la faculté d’énerver tant son importance est à la fois cruciale alors que sa valeur est ridicule face aux autres atouts.

Le lendemain soir (je passe la journée qui n’est pas si intéressante que ça, excepté que les japonais ne connaissent pas les prises adaptatrices europe-japon, mais ça j’aurais dû m’en douter), l’anglais fait surface. Il s’avère, à l’instar des trois autres, pas trop à mon goût ; un peu trop enrobé, mais il a l’air sympa, tel un cavalier escortant qui en a besoin. Ainsi, il m’amènera demain à l’université ; ça mange pas de pain.

Ce matin donc, je me lève à sept heures, la tête dans le cul. Je me prépare tant bien que mal pour le test qui pointe son nez, et je rejoins mon rosbif favori à l’entrée de la résidence. On s’en va vers la station en échangeant les fadaises de rigueur. J’apprends que l’américain est hétéro (haha, sans blague), et qu’il est assez absent ces temps-ci. Whatever.

La journée se passe sans trop d’accro ni éléments dignes d’intérêt. J’ai un peu beaucoup raté le test d’admission, mais comme je visais le niveau le plus bas, je risque pas d’être déçu (haha lol). Je perds l’anglais, dont je n’ai pas retenu le prénom (honte à moi), et je vadrouille parmi les nippons. Arrive la cérémonie de bienvenue, présentée par des japonais dont le balai dans le derche remonte jusqu’à leur glotte tellement ils ont l’impression d’être indisposés devant nous, ç’en est presque comique. Je me rends compte avec tristesse qu’aucun de mes camarades étrangers ne me plait… c’est mal parti, surtout que j’ai rencontré cinq de mes six coloc’s…

Plus tard, je rencontre les numéros ; ces cartes qui à la belotte ne veulent pas dire grand-chose, sauf à l’atout. Par chance, un dix se présente à nous, une japonaise du nom de Nagisa (pas sûr, ça peut être Nasiga…) nous fait visiter le campus. Elle est sympa, et n’a pas la démarche arquée de tant de japonaises. Elle nous montre des endroits dissimulés que j’aurais peine à retrouver, mais c’est pas grave. On croise une autre japonaise, un neuf d’atout – encore plus important que le neuf – qui me rappelle une super amie que j’avais à Londres ; joviale, sans complexe, drôle, un anglais irréprochable : ça fait vraiment plaisir.

Ensemble avec la rigolote, on se dirige vers la fête finale de la journée ; il est presque 16 heures. Là, tous les nouveaux étudiants étrangers, et certains anciens, sont de la partie (j’adore les jeux de mots métaphoriquement filés). Des sept, des huit, des neuf foireux, des valets, et… quelqu’un me sort de ma contemplation.

Je me retrouve nez-à-nez avec une illusion chimérique. Il est beau. Je le répète pour que vous ayez pleine conscience de l’idée ; il est beau. Il s’appelle Takao, c’est l’allemand précité, mon dernier colocataire. Il est superbe, il a des yeux incendiaires, un sourire carnivore, des pommettes insolentes… Jamais un métis ne m’aura fait autant d’effet, surtout qu’il n’a pas les yeux bleus !

Takao est moitié allemand, moitié japonais, et autant dire qu’il a hérité du plus beau côté des deux parties. On parle un peu en allemand. J’use et abuse de mon accent français pour le faire craquer ; il me dit que c’est « süss ». The last, but not the least of my flatmates. Je suis tout content, surtout qu’il a l’air de me dévorer des yeux. Serait-ce le roi tant attendu ?

mercredi 9 janvier 2008

Premiers pas

Et bonjour l’Asie. Encore à moitié dans les limbes du sommeil, je relève ce qui cache le hublot pour être émerveillé par une myriade de montagnes, comme autant d’épines hérissant la surface de la Terre, sillonnées par un fleuve serpentin. On survole l’est de la Russie ; aucune trace de civilisation n’est observable. Vu d’en haut, il n’y a que de la terre et de l’eau.

C’est vraiment superbe, d’autant plus qu’il n’y a aucun nuage. Il est 14 heures au Japon, huit heures de moins en France.

A 16 heures – deux heures en retard – on atterrit, et je me retrouve sans trop d’encombre avec ma valise et mon passeport tamponné dans le hall de l’aéroport. Mission suivante, prendre le train pour Tokyo, parce que Narita est un peu à l’extérieur de la ville. Je sais pas pourquoi j’ai besoin de préciser, c’est un peu le cas de tous les aéroports, sauf celui de Londres qui permet aux avions de se poser sur la Tamise… bref je m’égare. Donc une charmante japonaise m’aide à prendre mes tickets, et me voilà parti. Le seul souci qui me reste, c’est de prévenir mon responsable que j’arriverai en retard à Nagoya.

Ah, et il faut que je vous dise le premier truc qui m’a choqué à propos des Japonais. J’en ai vu porter ce genre de masque chirurgical en tissus blanc qui recouvre la partie inférieure du visage. Ils le portent en permanence, et à tout âge. Au bout du quatrième, je me suis dit que si on en vient à craindre l’air ambiant au point d’avoir à se protéger constamment, faut quand même se demander si la vie vaut la peine d’être vécue…

Dans le train, je trouve un téléphone vert à cartes. J’ai un numéro de téléphone avec des +, des -, des (), ça frôle l’ésotérisme. Et vous qui vous demandez, chers lecteurices aux stéréotypes moribonds, si les Japonais parlent ou pas l’anglais, la réponse est « pas dans le train 69 (haha) direction Nagoya ». J’ai demandé à un monsieur un peu louche qui tapotait suspicieusement sur son portable de m’indiquer ce que je devais composer, il me répond avec un geste circulaire indiquant le couloir du compartiment suivant. C’est pas gagné…

Finalement je trouve de l’aide, et je compose le numéro salvateur. Ca sonne, et une voix aigüe me répond. J’ai une phrase toute faite, je la lis avec autant de prestance que me le permet ma langue insensibilisée par mon opération (des dents de sagesse, pour ne pas les citer). Mon interlocuteur me répond avec l’ardeur d’un junkie sous héroïne qu’il a compris, que quelqu’un viendra me récupérer à la gare de Nagoya à 20 heures. Je raccroche sans grande conviction, ce sera la surprise…

Fly Away

J’ouvre les yeux, j’ai très bien dormi dans le même lit que Thé et sa copine ; comme quoi les ménages à trois peuvent parfois être une bonne chose !

Je lève le rideau de fer, et un ciel d’un bleu aveuglant s’offre à moi. Ainsi donc, mon dernier jour à Paris sera ensoleillé. Quelques heures plus tard, je dis au revoir au couple, et encore une fois Thé, merci pour ton accueil, et merci d’avoir rempli mes deux derniers jours de rires et de bonne humeur alors que ça aurait plutôt été tendance à l’inverse.

Je déjeune avec Jet’san, je ne pensais jamais le revoir ; comme quoi 2008 est déjà plein de surprises. On parle de tout et de rien, je profite de mes derniers moments avec en face de moi ce petit gars qui m’a tant fait rêver. Son absence de sensibilité évite à la mienne de s’exprimer ; tant mieux, ça ferait trop cliché de pleurer sur les quais de Seine.

Il m’accompagne jusqu’à la Gare du Nord, je le serre dans mes bras. Il aura été la dernière personne de ma vie européenne que j’aurais vue.

Dans le RER, je suis assis dans le mauvais sens ; celui qui me fait contempler le passé. Je vois la silhouette du Sacré Cœur s’éloigner, uniforme sous le soleil brûlant, et je craque. Je craque en silence, à contempler le train de ma vie prendre des rails qu’il y a deux ans je n’aurais jamais envisagées. Je ne retiens pas mes larmes, elles coulent au rythme des Beatles. Je pleurs tant que ça fait mal, j’ai l’impression d’avoir tant de peine à l’intérieur qu’il me semble inévitable de tout évacuer en même temps dans une formidable explosion. A ma grande surprise, je n’explose pas, et je suis à l’aéroport.

Le fait de bouger m’occupe l’esprit. Je marche, suivi de mes deux valises dépareillées, à l’affût de mon numéro de vol.

J’arrive au comptoir, la dame ne réagit pas à la vue du poids de ma valise ; 28 kilos au lieu des 20 autorisés, je sens la sentence arriver… et en fait non ; le destin aura voulu que non seulement je ne payerai pas de surplus, mais qu’en plus je serai surclassé ! Là, je souris bêtement devant mon billet, me disant que c’est un signe ; le signe que finalement je ne dois pas être aussi triste, que tout se passera bien.

Donc effectivement, je suis content, jusqu’à l’embarquement. Ou plutôt, jusqu’au décollage, qui a lieu deux heures en retard. Je regarde mon calepin d’un air dégoûté ; tout mon beau planning d’arrivée ne servira à rien au final. Pire, je vais devoir prévenir mon concierge de mon retard, et ça, ça va être chaud.

L’avion est sur la piste de lancement, je regarde par le hublot les points lumineux constellant le sol. On dirait d’immenses guirlandes arrivées en retard et qui cherchent leur sapin.

On prend de la vitesse, et à nouveau, mes yeux se changent en eau. Je pleurs, et en même temps, je me dis « oiseau, envole-toi ». Et il finit par s’envoler. Ma tristesse roule sur mes joues, j’essaie d’être le plus discret possible, de ne pas déranger mes voisins, mais c’est pas évident quand ce que tu voudrais faire c’est justement hurler, ne pas te retenir, et te lâcher. Une hôtesse vient vers moi, me tend le menu du dîner, et me demande si ça va. Je dis simplement que j’ai besoin de dire au revoir. Au revoir…

lundi 7 janvier 2008

2 Days In Paris

Je passe ces derniers jours en Europe à Paris, chez Thé (je suis sûr qu'il se reconnaitra).

Les "au revoir" ont été nombreux, pas toujours évidents, mais tous m'ont apporté la conviction que j'allais être manqué, et ça, ça fait quand même plaisir, et un peu chier aussi, faut l'avouer.

Comme à chaque nouveau départ, je suis allé chez le coiffeur ; comme si les choses que j'avais besoin de laisser derrière moi étaient rattachés à mes cheveux... faudrait que j'entre en thérapie un jour, ça serait marrant.

Sans être encore une profonde déchirure, la nostalgie s'installe petit à petit, côte à côte avec le sentiment que, quelque part, je suis exactement là où j'aurais voulu être.

Histoire que ce message ne soit pas complètement inutile, je tiens quand même à vous éclairer, chers lecteurices à énergie durable, sur le pourquoi de mon pseudo, Ecotone.

Ce terme aux apparences barbares décrit en fait la ligne infime entre la civilisation et l'état sauvage ; ce serait là qu'un homme pourrait se faire manger par un tigre, par exemple. J'ai toujours été fasciné par cette idée, étant donné que pour moi, la frontière entre la civilité et la sauvagerie est parfois très facilement franchie par mes collègues humains. Et je pense bien que le Japon ne fera pas exception !

Nous verrons ça. Je vous laisse, je vais profiter de ma dernière journée !

samedi 5 janvier 2008

Le jour se lève


Je m’appelle Eco Tone (oui bon, c’est un pseudo, on fait ce qu’on peut, hein), je suis français, j’ai 20 ans. Voilà pour les présentations.

Bon, ça c’est le cadre. Pour l’image, le tableau, l’œuvre d’art (sic), je vous la laisse découvrir au fil du temps, ô lecteurices qui avez eu l’immense intuition (peut-être guidée ?) de tomber sur ce blog. Oui, je ne vous qualifierez pas de lecteurs, ou de lectrices, mais – et ce pour une question de parité – de lecteurice, le terme neutre qui vous décrit TOUS ! Il m’est arrivé de lire ce terme dans un roman de Picouli (La Donzelle, pour ne pas la citer), et j’ai tellement aimé l’idée que je la réutilise ici.

Quoi ? Je plagie ? Que nenni, mes chers lecteurices. Ne dit-on pas que le meilleur hommage que l’on puisse rendre est de reprendre l’idée de quelqu’un ? Non ? On le dit pas ? Vous êtes sûrs ? Ben moi si.

Bref, je vais donc être au Japon jusqu’en 2009, et je quitte l’Europe le 7, donc très bientôt. Dans mes bagages, plein de souvenirs, plein de visages de gens qui vont me manquer terriblement, plein d’endroits qui pour des raisons futiles comptent beaucoup pour moi, et surtout, beaucoup de vêtements !

Je me demande ce que me réserve cette année qui, plus que toutes les précédentes, promet d’être différente. Différent ne veut pas forcément dire mieux ou moins bien que ce qui est habituel, mais j’ose espérer que ça le sera. Mieux, je veux dire.

Mon but : découvrir l’histoire de ce pays tout en créant la mienne sur place. J’ai déjà vécu 20 ans en Europe, et l’impression d’avoir vu pas mal de choses sans pour autant avoir trouvé ce qui me conviendrait plane dans le ciel de Janvier. Là-bas, ce sera autre chose. J’appréhende autant que je suis excité, mais le pire restera le moment où l’avion décollera de Charles de Gaulle pour quitter le continent…

A très bientôt les gens, je vais vérifier si je n’ai rien oublié !