
Je viens de sortir d’un meeting avec mes six coloc’s, pendant lequel on vient de décider des règles de vie de l’appartement, mais de là ne vient pas le titre de ce bulletin… J’ai toujours aimé les jeux, que ce soit le jeu d’échec, ou les jeux de cartes, tel que la belotte, ou encore le tarot. Ce soir, je vais vous abreuver de métaphores filées sur un plateau d’argent, que je suis magnanime !
Ce matin, je me réveille. Je me dis que c’est mon premier jour de classe, et je me remémore la veille. L’attente à la gare de Nagoya, perdu comme une pauvre loque sans un téléphone ni une carte de la ville… mais qui trouva malgré tout par une chance improbable deux de ses coloc’s ; un japonais, Yoshimasa, plein de boutons sur la gueule, un petit fou, mais de toute évidence d’une gentillesse alarmante, et Robert, américain, plutôt bogosse, mais dépourvu de la moindre conscience vestimentaire. Ils m’embarquent jusqu’à l’appart’. Pendant le voyage dans un métro décidément très japonais, je m’aperçois que Rob’ parle su-per bien japonais, on va l’appeler l’excuse, carte à priori inoffensive mais d’une importance déterminante qui peut servir à tout moment pourvu que l’usage soit tranchant de précision. Bien à l’inverse de mon habitude, je ne parle pas beaucoup ; j’observe. Je regarde les gens autour de moi, j’écoute mes deux camarades parler une langue que je comprends à peine…
Après un trajet sans fin à remorquer mes valises, nous arrivons à l’appartement. Style japonais, avec les portes coulissantes, les chaussures qu’on laisse à l’entrée, et les toilettes, qui pour une raison qui m’est inconnue, font apparemment bidet. Je monte à ma chambre, aussi spacieuse que mon studio à Londres, mais dépourvu de ce qui l’encombrait. Juste un futon à même le sol, un bureau, et ce qui tiendra lieu de penderie à l’air libre. Ca fera l’affaire. J’apprends qu’en plus de ces deux gars-là, il y a un allemand, un anglais, et un américano-latino qui ne sont pas encore revenus de leurs vacances. Serait-ce des pions ; pièces à priori obsolète mais au final décisoires ? J’ai du mal à attendre de les rencontrer.
Je me repose, je dors très bien ; sans doute dû aux pilules antidouleur qu’il me reste de mon opération. Le lendemain matin, je rencontre Rodney, l’américain d’origine dominicaine (le fameux américain qui parle espagnol, mais oui !). Il a l’air sympa, bien qu’un peu plus jeune que moi. Il sera le petit, carte qu’au tarot personne n’affectionne, tellement elle a la faculté d’énerver tant son importance est à la fois cruciale alors que sa valeur est ridicule face aux autres atouts.
Le lendemain soir (je passe la journée qui n’est pas si intéressante que ça, excepté que les japonais ne connaissent pas les prises adaptatrices europe-japon, mais ça j’aurais dû m’en douter), l’anglais fait surface. Il s’avère, à l’instar des trois autres, pas trop à mon goût ; un peu trop enrobé, mais il a l’air sympa, tel un cavalier escortant qui en a besoin. Ainsi, il m’amènera demain à l’université ; ça mange pas de pain.
Ce matin donc, je me lève à sept heures, la tête dans le cul. Je me prépare tant bien que mal pour le test qui pointe son nez, et je rejoins mon rosbif favori à l’entrée de la résidence. On s’en va vers la station en échangeant les fadaises de rigueur. J’apprends que l’américain est hétéro (haha, sans blague), et qu’il est assez absent ces temps-ci. Whatever.
La journée se passe sans trop d’accro ni éléments dignes d’intérêt. J’ai un peu beaucoup raté le test d’admission, mais comme je visais le niveau le plus bas, je risque pas d’être déçu (haha lol). Je perds l’anglais, dont je n’ai pas retenu le prénom (honte à moi), et je vadrouille parmi les nippons. Arrive la cérémonie de bienvenue, présentée par des japonais dont le balai dans le derche remonte jusqu’à leur glotte tellement ils ont l’impression d’être indisposés devant nous, ç’en est presque comique. Je me rends compte avec tristesse qu’aucun de mes camarades étrangers ne me plait… c’est mal parti, surtout que j’ai rencontré cinq de mes six coloc’s…
Plus tard, je rencontre les numéros ; ces cartes qui à la belotte ne veulent pas dire grand-chose, sauf à l’atout. Par chance, un dix se présente à nous, une japonaise du nom de Nagisa (pas sûr, ça peut être Nasiga…) nous fait visiter le campus. Elle est sympa, et n’a pas la démarche arquée de tant de japonaises. Elle nous montre des endroits dissimulés que j’aurais peine à retrouver, mais c’est pas grave. On croise une autre japonaise, un neuf d’atout – encore plus important que le neuf – qui me rappelle une super amie que j’avais à Londres ; joviale, sans complexe, drôle, un anglais irréprochable : ça fait vraiment plaisir.
Ensemble avec la rigolote, on se dirige vers la fête finale de la journée ; il est presque 16 heures. Là, tous les nouveaux étudiants étrangers, et certains anciens, sont de la partie (j’adore les jeux de mots métaphoriquement filés). Des sept, des huit, des neuf foireux, des valets, et… quelqu’un me sort de ma contemplation.
Je me retrouve nez-à-nez avec une illusion chimérique. Il est beau. Je le répète pour que vous ayez pleine conscience de l’idée ; il est beau. Il s’appelle Takao, c’est l’allemand précité, mon dernier colocataire. Il est superbe, il a des yeux incendiaires, un sourire carnivore, des pommettes insolentes… Jamais un métis ne m’aura fait autant d’effet, surtout qu’il n’a pas les yeux bleus !
Takao est moitié allemand, moitié japonais, et autant dire qu’il a hérité du plus beau côté des deux parties. On parle un peu en allemand. J’use et abuse de mon accent français pour le faire craquer ; il me dit que c’est « süss ». The last, but not the least of my flatmates. Je suis tout content, surtout qu’il a l’air de me dévorer des yeux. Serait-ce le roi tant attendu ?
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