mercredi 9 janvier 2008

Fly Away

J’ouvre les yeux, j’ai très bien dormi dans le même lit que Thé et sa copine ; comme quoi les ménages à trois peuvent parfois être une bonne chose !

Je lève le rideau de fer, et un ciel d’un bleu aveuglant s’offre à moi. Ainsi donc, mon dernier jour à Paris sera ensoleillé. Quelques heures plus tard, je dis au revoir au couple, et encore une fois Thé, merci pour ton accueil, et merci d’avoir rempli mes deux derniers jours de rires et de bonne humeur alors que ça aurait plutôt été tendance à l’inverse.

Je déjeune avec Jet’san, je ne pensais jamais le revoir ; comme quoi 2008 est déjà plein de surprises. On parle de tout et de rien, je profite de mes derniers moments avec en face de moi ce petit gars qui m’a tant fait rêver. Son absence de sensibilité évite à la mienne de s’exprimer ; tant mieux, ça ferait trop cliché de pleurer sur les quais de Seine.

Il m’accompagne jusqu’à la Gare du Nord, je le serre dans mes bras. Il aura été la dernière personne de ma vie européenne que j’aurais vue.

Dans le RER, je suis assis dans le mauvais sens ; celui qui me fait contempler le passé. Je vois la silhouette du Sacré Cœur s’éloigner, uniforme sous le soleil brûlant, et je craque. Je craque en silence, à contempler le train de ma vie prendre des rails qu’il y a deux ans je n’aurais jamais envisagées. Je ne retiens pas mes larmes, elles coulent au rythme des Beatles. Je pleurs tant que ça fait mal, j’ai l’impression d’avoir tant de peine à l’intérieur qu’il me semble inévitable de tout évacuer en même temps dans une formidable explosion. A ma grande surprise, je n’explose pas, et je suis à l’aéroport.

Le fait de bouger m’occupe l’esprit. Je marche, suivi de mes deux valises dépareillées, à l’affût de mon numéro de vol.

J’arrive au comptoir, la dame ne réagit pas à la vue du poids de ma valise ; 28 kilos au lieu des 20 autorisés, je sens la sentence arriver… et en fait non ; le destin aura voulu que non seulement je ne payerai pas de surplus, mais qu’en plus je serai surclassé ! Là, je souris bêtement devant mon billet, me disant que c’est un signe ; le signe que finalement je ne dois pas être aussi triste, que tout se passera bien.

Donc effectivement, je suis content, jusqu’à l’embarquement. Ou plutôt, jusqu’au décollage, qui a lieu deux heures en retard. Je regarde mon calepin d’un air dégoûté ; tout mon beau planning d’arrivée ne servira à rien au final. Pire, je vais devoir prévenir mon concierge de mon retard, et ça, ça va être chaud.

L’avion est sur la piste de lancement, je regarde par le hublot les points lumineux constellant le sol. On dirait d’immenses guirlandes arrivées en retard et qui cherchent leur sapin.

On prend de la vitesse, et à nouveau, mes yeux se changent en eau. Je pleurs, et en même temps, je me dis « oiseau, envole-toi ». Et il finit par s’envoler. Ma tristesse roule sur mes joues, j’essaie d’être le plus discret possible, de ne pas déranger mes voisins, mais c’est pas évident quand ce que tu voudrais faire c’est justement hurler, ne pas te retenir, et te lâcher. Une hôtesse vient vers moi, me tend le menu du dîner, et me demande si ça va. Je dis simplement que j’ai besoin de dire au revoir. Au revoir…

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