
Hier soir, mon charmant groupe est moi sommes allés à un club de Nagoya, connu sous l’insolite sobriquet d’ID. Oui, les japonais sont décidément des gens très inspirés. Il se trouve au centre de la ville, j’ai les yeux grands ouverts tout au long du trajet tellement je suis frappé par l’évidence qu’effectivement, je suis au Japon. C’est pas très évident de décrire cette impression ; que ce soit les voitures, les bâtiments, les rues, tout respire un empire qui est le premier à voir le soleil se lever le matin.
Après une tournée rapide dans un pub anglais (avec de la Guinness, mais oui !), on arrive donc à la boîte en question. Topher a eu le bon sens de prendre des tickets réduction qui rendent le coût d’entrée ridicule, ça mange pas de pain. Il faut montrer patte blanche, ou un ID, c’est selon. J’exhibe fièrement mon permis de conduire ; la photo effraie les armoires à glace gardant la porte qui me laissent passer sans problème.
Dans le club, c’est ambiance tamisée, musique hip-hop commerciale, et Long Island Ice Tea à volonté. Après la bière, autant dire que le thé glacé de l’île précitée a un peu de mal à passer, mais soit. On discute encore, on regarde les filles présentes. Moi, alors que je sirote ma boisson d’un air absent, je me demande quand va être le bon moment pour annoncer à mes amis que la première chose que je regarde chez une fille, c’est son mec.
Une fille de l’école se joint à nous. Assez petite, les cheveux bouclés, elle vient du Michigan. Elle a l’air sympa, et ce que j’admire surtout, c’est son courage à venir s’intégrer dans un groupe uniquement composé de membres masculins. Surtout quand on sait à quel point le susdit membre peut parfois leur monter à la tête au gré des verres consommés.
Bref, j’ai oublié de vous parler de la seconde chose que je n’aime pas à propos des japonais, et plus précisément, à propos de Nagoya. Figurez-vous, chers lecteurices à l’ébriété nocturne, que passé minuit, telle une Cendrillon à la vessie torturée par trop de thé glacé, tout le monde doit rentrer chez eux. Ceci est dû au fait que le moindre transport en commun s’arrête au douzième coup, ce qui force les gens à prendre des taxis indécemment hors de prix s’ils ratent l’ultime métro, bus, pousse-pousse, que sais-je.
Mais ce soir, on s’en fout. On boit en toute insouciance, parce que contrairement aux contes de fées, ici, il y a des toilettes publiques. Les premiers sous-entendus graveleux fusent à l’horizontale, la verticale, la diagonale ; la soirée peut commencer. Je remarque tout de même que Sarah, l’américaine, ne peut s’empêcher de faire ce que je m’évertue à éviter, l’envie ne me manquant pas ; rouler les yeux de dépit.
Autour de cette table circulaire, j’ai trouvé ma première alliée, et je n’hésite pas à me lever pour lui chuchoter à l’oreille que, non, elle n’est pas la seule à être déconcertée par certains de ces commentaires oiseux à peine dissimulés par la musique, parce que, s’ils sont trois ce soir à aimer les femmes, on est deux à aimer les hommes. Elle rit, me remercie de mon geste, et c’est à grands coups de regards entendus que l’on répond aux remarques de mes camarades.
L’alcool aidant, il est plus facile d’être soi-même. D’ailleurs les japonais excusent toute sorte de comportements si l’on est sous l’emprise de l’alcool. C’est pour eux un des seuls moyens de décompresser après 22 heures de dur labeur, d’où cette magnanimité culturelle. C’est ainsi que va m’apparaître la manière de tous les mettre au courant ; un par un. Topher sera le premier à la savoir, il n’a aucun problème là-dessus, et doute que les autres en aient. Sarah m’encourage vivement de continuer sur ma lancée. Eco, le moitié français, est le second à le savoir. Reste le plus dur, Takao. Admettre que je suis gay me retirera tout droit d’espérer de lui, j’en suis bien conscient. N’est-ce pas un sentiment idiot que celui de penser perdre quelque chose, alors qu’en fait, on ne l’a jamais vraiment possédé ?
Je lui dis, et il n’a pas de problème non plus, et me confirme par la même occasion que l’on sera amis, ce qui insinue « rien de plus ». Après cette épreuve, tout le monde se rue sur le dancefloor (se référer à l’image débutant l’article pour voir à quoi ça ressemble), et on se déchaîne. Surtout moi qui, bien qu’ayant définitivement perdu ce roi, ai ouvert le jeu pour permettre à d’autres d’y entrer. Yes, ID-id it.
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