mercredi 10 juin 2009

I Will Resume

Il fallait s’y attendre ; je ferme ce blog. Diverses raisons, dont la plus décisive serait le fait que je ne suis plus au Japon, et que j’ai l’impression de stagner malgré tout (ça fait deux raisons, mais bref). Ce fut tout de même un bel épisode de ma vie, et je ne regrette rien.

Je rouvrirai sans doute un blog quand ça me manquera trop – qui sait – mais en attendant, je vous embrasse tous, et vous remercie de votre soutien. Toute fin est un commencement, je suis heureux.

mercredi 6 mai 2009

Bande de parias

Okay.
Je suis blindé de caféine et j’ai une épouvantable bougeotte. En plus, Frederick est dans le coin, je le sens, c’est limite viscéral. Vous avez déjà eu cette impression de sentir physiquement la proximité de quelqu’un qui vous obsède ? Je peux vous dire que c’est vraiment flippant.
Donc Frederick – en fait, il pourrait s’appeler Basil, Mickey ou même Adolf que ça ne ferait aucune différence ; il a une tête de Frederick (avec l’accent), et comme j’ignore et compte ignorer son vrai nom jusqu’au bout, je l’appellerai ainsi toute ma vie –, l’étudiant-mannequin-bogosse-de-la-mort sur lequel je fantasme depuis que je l’ai vu pour la première fois avant les vacances, n’a absolument pas assimilé le fait que j’existe, et c’est vraiment navrant. Certes, le fait que je perds toute contenance à la moindre de ses apparitions ne me rend pas franchement discret, et son indifférence à mon égard ne peut que me convaincre de son conformisme sexuel.
Et malgré tout, c’est un peu comme une bête incontrôlable qui saute d’Aubry à Taka à Frederick et qui fait tout pour attirer mon attention et accaparer la moindre de mes pensées, et je ne peux que me demander par quel moyen je pourrais apprivoiser l’immonde bestiole afin qu’elle me foute la paix, enfermée dans une cage aux barreaux forgés à grands coups de relativité.
Parfois, j’ai besoin qu’on me dise que je fais de la merde, et pendant quatre jours, ce fut le cas. Céline est venue me voir ; armée de son sac à dos The North Face, et ce fut une demi-semaine démentielle. Qu’il est bon d’être en présence de la spontanéité personnalisée. Céline, comment vous dire… Elle est franche ; elle dit ce qu’elle pense, et aspire à la simplicité. Son humour est teinté de noir, de pathétique et parfois même de franchement lamentable, de ce qui ne peut pas se traduire et de ce qui fait des bides monumentaux, de barbarismes lyriques et de vulgarités séraphiques. Elle cultive sans trop de difficulté le politiquement incorrect, et je l’adore ma Céline. En sa présence je redécouvre l’humilité, la facilité d’être juste avachi dans l’herbe de Hampstead Heath à essayer de prononcer New Hampshire à l’anglaise sans jamais y arriver, de débattre si implémentation c’est du français qui ne figure que dans mon dictionnaire de paria ou si c’est – autant se l’avouer – un mot que tout le monde utilise en grand secret tellement il est puissant, de s’amuser des gens qui passent et du temps qui court sans fondamentalement trop changer les choses, de rire, de tellement rire qu’on en vient à en avoir mal au bide.
Et qu’il est dur de dire que oui, bien sûr on va se revoir bientôt, et de retourner à une routine à laquelle on a réussi à échapper pendant une fraction d’éternité sans qu’elle nous manque vraiment. Qu’il est dure de se dire qu’on a touché du bout des doigts au bonheur d’être avec quelqu’un dont la douce connerie ne nous lasserait probablement jamais, de réaliser que de rouler dans la rue en pleine nuit un canapé piqué chez un voisin jusqu’à chez moi parce qu’on a besoin de places assises pour le barbecue, ça ne se reproduira pas de si tôt.
Il y a des gens qu’on aimerait cloner pour diverses raisons plus ou moins inavouables, une d’elles serait qu’au lieu de fuir ce qui nous fait peur, on n’a qu’une envie, se rapprocher de ce qui nous fait du bien. Et la prochaine personne sur cette liste, c’est Paul.

dimanche 12 avril 2009

Comme ça, en vrac


Là je m’insurge, et je tiens à faire partager ma rogne avec le plus de monde possible. N’est-ce pas cruel qu’avec les exacts mêmes ingrédients, la bouffe que j’arrive à produire soit tantôt immangeable quand je suis avec des amis, ou bien limite orgasmique quand je suis tout seul, et que donc personne n’est là pour en témoigner ?! Nan mais de qui se moque-t-on, franchement ?

Ces dernières semaines ont été vraiment chargées (je vous jure, c’est pas de la mauvaise volonté), ce qui explique l’absence de nouveaux articles. Donc en gros :


-J’ai eu mon premier crush de 2009, en fait le premier depuis Taka au Japon (Nostalgie, dites-vous ?), et cette fois c’est sur un type de mon école. Des cheveux blonds dégoulinant de miel au soleil, un visage sucré comme sculpté dans une pomme bien acidulée. Je ne sais rien de lui, à part qu’il m’a fixé pendant tout le temps où j’étais dehors à prendre l’air durant une pause qui m’a semblé interminable. Et évidemment dans ce genre de situations j’ai tout mon étalage de manies toutes plus mièvres les unes que les autres qui revient d’un coup. Voilà que je baisse les yeux alors qu’il me fixe plus de deux secondes, suivi d’un rire nerveux franchement super naze. Ca faisait longtemps que je n’avais pas souffert de cette faculté de se sentir tout petit, de rougir de sa propre timidité. Il va sans dire que Heidi et Dan n’ont rien fait pour arranger ça. Résultat : le gars est parti, et bon… je vais pas le revoir avant la rentrée, dans une semaine.

-Après cette expérience formidable, je suis allé voir Kaki King au Jazz Café de Camden Town, et le timing ne pouvait pas mieux tombé vu que j’étais un peu en mode blues-bousin-nerveux à ce moment-là. Déjà, on était super bien placé avec Heidi, juste surélevés à gauche de la scène bien comme il faut pour pouvoir voir tous les instruments et tout. Et puis ben, Kaki King quoi ; une douche électrisante qui vous fait frémir d’humilité devant un talent pareil. En plus elle est marrante, elle a même signé le sein de Heidi. Non, il n’y a pas à dire, je ne vais pas à assez de concerts. Maintenant je ne fantasme que sur une chose ; cette trompette synthétiseur truc bidule dont joue un des gars de Kaki King, à défaut de pouvoir décrire mieux le bruit que ça fait, c’est un peu un machin qui imite le chant des sirènes. Preuve que tout n’a pas encore été fait, et vive les avancées technologiques.

-Je suis allé en Ecosse avec Sandra, à Edimbourg et Glasgow. C’était rafraichissant, c’est le moins qu’on puisse dire. On s’est bien fait giflé par le vent en tout cas. La région est assez dépaysante, j’ai eu du mal à me dire que c’était en Angleterre. L’Ecosse en trois mots ? Rousse, accentuée et capricieuse. Ouais, on a tous quelqu’un comme ça dans son entourage, je suis d’accord, mais ça vaut quand même le coup d’œil. Par contre évitez le bus si vous tenez à vos fesses parce qu’après neuf heures, je peux vous dire qu’il n’en reste plus grand chose.

-On a eu notre exposition, et on s’est vraiment gavé. Les artistes étaient géniaux, les clients aussi, bref ; c’était une journée vraiment fantastique. En plus on a pu récupérer une caisse de mousseux chacun, et ça, c’est juste parce qu’on le vaut bien. Je tiens à préciser que sur les treize membres de l’équipe, on n’était que quatre à être présents le jour de l’événement, donc chapeau melon quand même. Maintenant il ne reste plus qu’à décanter, à se dire que ça se reproduira peut-être, si on a de la chance.


Et pour votre culture sans OGM, voici deux films que j’ai particulièrement apprécié dernièrement :


« Lat den ratte komma in », une pure merveille suédoise vampirisant tout intérêt que vous auriez pu avoir pour les autres films du genre, deviendrait presque prétexte à se replonger dans le temps où, l’âge n’aidant pas, on pensait que le rosé se faisait en mélangeant du rouge et du blanc.


« The boat that rocked », du réalisateur de « Love Actually », film qui donne la pêche et envie de combler ses lacunes relatives au rock des années 60 (y a du boulot). Vraiment un bon film british dont la BO est une vraie tuerie.


Sur ce, je vais boucler ma valise. A moi Graz !

mardi 24 février 2009

London Frenzy

"Japan, the more I think of you the less I think of you."
Qu'on se rassure tous ; je suis bien rentré en Europe. Ca fait d'ailleurs un petit moment, et comme à chaque réinstallation, il faut du temps pour que tout soit fonctionnel. Je n'ai donc pas encore Internet, mais ça ne m'empêche pas de faire joyeusement résonner mon rire séraphique à tous les coins de rue.
Londres, c'est fantastique, d'ailleurs ça le sera encore plus une fois que j'aurai 22 ans (dans, genre, une semaine). J'en viens presque à ne plus me rappeler de ce qu'était le Japon, c'est vous dire.
Je sais mes limandes, j'ai du boulot, faut notamment que je change la bannière qui n'est plus trop d'actualité, et de fabuleuses anecdotes à partager, mais faudra que ça attende un peu.
BBBB (La personne qui se souvient de cette abbréviation gagnera mon éternel estime)

jeudi 22 janvier 2009

Be Humanware

Let’s face it; my life is a rich tapestry of experience and diversity, and it is about bloody time I make good use of my extensive knowledge (!!!).  Seating uncomfortably on the tatami floor, the weaving shaping what is left of my bottom, I can’t help but wonder what has become of my sorry self after a year where nothing looks, tastes, smells or more importantly behaves the same. 

Earlier on today I was actually talking to a friend about what to write on the last note of my stay in Japan. I had a few ideas, all but too diverse to be put together into something reader-friendly… So let’s just travel back in time, and appreciate what can only be described as an evolution.

Everything started by a brutal shock, in 2005. As I sat at my desk, crashed by the gravity of what I was reading on my screen, I realised my life would take an unpredictable turn. Pixels were teaming up, forming words and sentences stating that, no, I would not go back to France after the final exams. I was actually rejected by what at the time I still considered my country. Needless to say that this feeling vanished as quickly as Sandra and I, arms up into the air and screaming at a glass-breaking level from the top of her stairs when the rat on the ground floor started to wiggle, but I’m wandering from the topic. Instead, I would go to London, to study a field that was as promising future-wise as it wasn’t fun-wise; business. I also had to choose a language I would start from scratches with, so I opted for something remote, exotic, with an aftertaste of adventure; Japanese. I didn’t know anything about the related culture, apart the clichéd preconceptions people are usually drooling over. I just felt like I needed to get away for a while.

After a year and a half, I finally got to leave Europe. Nagoya, first, where I also started this blog. The change of scenery was fresh, I had the impression to rediscover basis that I thought I got unstable to begin with. You see, I didn’t particularly enjoy my time in France; for 16 years, all my hopes were aiming at the sky, secretly craving for somewhere far and fundamentally different. I had this snide impression not to belong in the midst of kids that I found inadequate, futile and cruelly plain. The adults were merely kids who physically grew up, and were just the same way, only sneakier. The future appeared gloomier with every day passing by, and were it not for Austria, I wouldn’t probably be there to vouch for how good this country was to me, but I’m wandering again.

In Nagoya, I was on my own. I literally couldn’t suss out what people were saying or what was displayed anywhere; pathetically hopeless, and quite frustrating. Time flew by, and slowly I started deciphering how the language worked, and yet the culture stayed stubbornly unreachable. Unlike the undeniable bound between a western language and its culture, the Japanese language does NOT enable you to get a grasp of the culture, and that really ought to be the first thing one should be warned of before sailing off to Humanware land.

I don’t want to impress upon you a sense of disdain towards the country, because what Japan was founded on is just fascinating, so I won’t elaborate on the reasons of my… grudge against it. Suffices to say that Japan seems to be the opposite of India; the more you stay in Japan, the less you’ll get attached to the country. The spotless politeness, the extreme tidiness that blind you by their intensity will eventually fade away into what Japanese people are really like; an alienated and emotionally suppressed people that is blithely unaware of what is around.

I could spend hours talking to you about the numeral facets that are so irritating and baffling to me, but I’d do it individually when I see you guys. In the end, this experience reinforced what I’ve always stood for, and that is all I expected, come to think of it. See you in Europe, you lot!!!

mercredi 7 janvier 2009

Schadenfreude No More

Je sens le jasmin et la cigarette, l’encens et le bubble-gum, j’ai un foudroiement mi-argent mi-or dans les yeux, RJD2 dans les oreilles.

Je promène mes adorables chaussures sur les trottoirs immaculées de Tokyo, déjà je peux compter les pas qui me séparent de l’aéroport.

Il faut un rien pour tout changer, un aveux en pointillés, un appel démasqué.

En fait, m’être détaché de mon passé ne m’a pas morcelé comme je le craignais ; ça m’a juste rendu plus engagé dans le pragmatisme, moins torturé par le plaisir coupable de se réjouir de l’infortune de certaines personnes. Au loin se profile la possibilité de ne plus y penser, de délaisser l’infortune des autres pour se réjouir de son aubaine personnelle.

Une douce torpeur me guette, celle sur laquelle veille une drôle de sérénité. Se pourrait-il que 2009 soit le début du reste de ma vie ? 

lundi 29 décembre 2008

Le destin n'est pas mort vive le destin n'est pas mort vive le destin

Ce soir je suis un peu grisé, pour des raisons inculpant le hasard.

Plus tôt dans la journée, je me suis rendu à Shinagawa afin de prolonger mon visa, de trois semaines. La belle affaire.

Dès ma porte claquée, je me couvre le visage d’une écharpe et d’un masque de froideur, encore plus glacé que le vent le griffant. Ainsi affublé, je prends le train. Et là, au milieu d’un immense couloir menant à la sortie de la station, quelqu’un m’arrête.

Il est européen, les yeux châtains et les cheveux noisettes, presque beau si des cernes de fatigue ne ternissaient pas son visage, et me demande si je vais au bureau d’immigration. Oui, je réponds. Il me dit alors que le conducteur du bus y menant lui a dit que c’est fermé, et que lui aussi devait y aller. Il sort sa carte de convocation, pianote le numéro sur son téléphone pour vérifier. D’où je me tiens, je peux discerner des successions de ‘k’, de ‘sch’ et de ‘au’ si propres à la langue allemande, et je lui fais remarquer.

Il est effectivement allemand, de mère française, et travaille ici. Le répondeur n’a pas été d’une grande assistance, on se met à marcher en direction de l’arrêt de bus. Sur le chemin, je prends un chocolat chaud à emporter, inconsciemment un moyen de gagner du temps. Il me demande ce que je fais à Tokyo, je lui dis que je suis en échange à Aoyama Gakuin. Il me dit que lui aussi, il y a quelques années. Il me demande d’où je viens, je précise que j’étudie à Londres. C’est là que le monde est vraiment petit, je me dis.

Lui aussi a étudié à Londres, dans la même école que moi. Un allemand, qui parle français, un peu mon reflet dans un curieux miroir idiomatique. A l’arrêt de bus, il accoste une dame qui nous confirme que l’immigration est effectivement en vacances.

Plus rien ne nous retient ici, on s’accoude à une rambarde pendant quelques instants. Je ne sais pas trop quoi lui dire, mais la situation m’amuse et est trop invraisemblable pour rendre tout silence embarrassant. Il fume une cigarette, je bois mon chocolat chaud, et je lui dis au moins je ne serais pas venu ici pour rien, en parlant du chocolat, mais en pensant à lui.

Puis le gobelet s’épuise, la cigarette se consume, et on finit par se diriger vers le train du retour. Dans le compartiment tremblotant, il me demande si un jour je n’aimerais pas boire un verre avec lui. Je lui réponds oui, mais on aura chacun le notre, et je lui donne mon numéro. Il sort alors, et je sais au fond que cette curieuse multitude de coïncidences se termine ici, alors que son manteau disparaît dans une volée de marches.

Alors que je tente de ressortir mon masque de froideur, je me rends compte qu’il a été craquelé par la surprenante éventualité que le hasard serait en désaccord avec la littérature ; aussi loin que vont les caprices du destin, tout n’a pas encore été écrit.