Je suis un gros connard, et Heidi me le fait comprendre par deux jours de bouderie muette. Voyez plutôt le contexte.
Une fois de plus, l’incompétente rigidité de la bureaucratie japonaise fait des malheurs ; le test de placement de japonais s’avère être le seul élément sur lequel les profs se basent pour décider du niveau des élèves. Bien sûr, j’ai royalement bâclé le mien, et me retrouve dans la classe la plus nul, avec Heidi, qui elle est un peu à la ramasse, faute d’avoir été au Japon à la place de l’Allemagne. Je lui avais bien dit, mais passons.
Seulement, lundi dernier, Farah me fait part de son projet de magouille pour nous permettre de passer au niveau suivant, et ainsi de nous sauver d’un suicide imminent. Le plan impliquerait des risques non-négligeables de foirage, aussi ai-je préférer ne rien dire à Heidi jusqu’à avoir certitude de la réussite du projet.
Mardi, à deux heures du mat’, je reçois un sms de Farah me disant que tout était bon, et qu’on parlerait des détails le matin venu. On se retrouve donc à l’université à 11 heures 50 (c’est encore le matin, hein), et elle m’annonce qu’il faudra changer de cours aujourd’hui. Là, je vois rouge, prenant conscience de mettre Heidi sur le fait accompli.
Je la vois arriver, et l’informe de la nouvelle. Là, elle se ferme, me traite d’un son of a bitch très à propos, et se casse dans un fouettage de cheveux. Qu’on soit bien clair ; je savais qu’elle allait mal le prendre, mais à ce point…
Après deux jours de silence, elle finit par m’envoyer un sms tranchant, me reproche d’avoir très mal géré la chose, et par la suite de l’avoir noyée dans un bain de pitié et de sarcasmes. Nan mais franchement…
En fait, Heidi et moi, on a tous les inconvénients d’un couple, sans les avantages. Toujours fourrés ensemble, on est aussi ordurier l’un que l’autre – le dessin du début d’article attestant de son art de la représentation figurative alors que je lui demandais comment elle trouvait un petit allemand tout mignon qui faisait office d’assistant – mais j’en viens à me rendre compte qu’elle me bride, de bien des façons. A chaque fois que je rencontre un gars pas mal, elle le dénigre sans relâche. Un bel inconnu qui s’offre de profil au regard, elle ne remarquera que son alliance, et réduira ma rêverie à néant…
Quoiqu’il en soit, on a mangé ensemble, je me suis excusé (et je déteste faire ça, surtout quand ce n’est pas ma faute, mais lui faire entendre raison reviendrait à couper notre amitié en deux, ce qui donnerait un ami, et un tié, ce qui ne voudrait plus rien dire, ce qui provoquerait la fin du monde as we know it), je lui ai bien fait comprendre que je ne voulais aucunement la blesser, et... le silence. Que pouvais-je rajouter ? Devais seulement rajouter quelque chose ?
Et là, comme si elle se rendait compte qu’elle abusait quand même un chtio peu, elle se met à me raconter son exploit du matin, avec son expert de l’ikebana (un fleuriste quoi) pour lequel elle nourrit un bénin béguin. Je me mets à rigoler de ses niaiseries, elle aussi, et c’est ainsi qu’on rabibocha. Pas très compliqué parfois.
Donc tout va mieux, même à l’université. Ma cote n’a jamais été aussi haute, mes chevilles aussi enflées, et mon porte-monnaie aussi vide. Tokyo Game Show le week-end prochain, Justice le suivant, il était temps que je me mette à vivre. Et j’ai fini l’Egoïste romantique de Beigbeder, et ça me fait bien chier.
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