
Aujourd’hui, il y a eu un feu à Omotesando. Évènement aussi rarissime que d’être pris en sandwich à Tokyo entre deux poussettes, une nuée d’hélicoptères survolait la zone sinistrée comme autant d’abeilles contrariées virevoltant autour de leur ruche enfumée. Ma classe se trouvait en apesanteur et donnait sur ce spectacle si déconcertant. Si on en parle aux infos, vous pourrez dire « Je connais un gars qui y était ».
A part ça, je dragouille un peu par-ci par-là, sans que ça n’aille au delà d’un baiser curieux ou d’une caresse frémissante d’espoir. Toujours une raison pour ne pas aller plus loin. L’un a les cheveux plus longs que les miens, les lèvres de l’autre sont craquelées et écorchent les miennes. Est-ce vraiment ma faute si les gens négligent le coiffeur ou le labello ? Ou alors je gamberge pour mieux me trouver une excuse afin d’étouffer le semblant de flirt dans l’œuf ? La vérité doit être autre part.
Je suis irrémédiablement attiré par Steven, l’américain comme on se l’imagine si bien, type capitaine d’american football, casier de vestiaire numéro 69, oui, celui-là même. On ne s’échange pas un mot, et je prends sur moi pour paraître le plus taciturne possible. Heureusement ne se rend-il pas compte que pendant les cours, je préfère lire au loin les lignes de ses mains plutôt que celles du tableau. Chaque homme qui a croisé mes lèvres m’a laissé un souvenir sous forme de faiblesse s’accumulant aux précédentes, et la cicatrice sur sa joue me rappelle le crush que j’avais en première. Ca n’aide pas à stigmatiser l’objet de mon attention.
Le climat capricieux du moment ne m’encourage pas à sortir ; je passe mes journées chez moi, à faire ce que je fais de mieux, l’observateur. Je mets à contribution mes nouvelles lunettes pour regarder le plus de films possibles, je lis aussi, et ne prends de stylo que pour tracer deux parenthèses autour de ma vie. La crise économique est propice à mon inspiration, qui semble se manifester de la même manière. Le pôle de la situation initiale a été touché hier, aujourd’hui celui de l’intrigue, demain sera – on l’espère tous – le tour des personnages. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut que je prenne mes impressions en considération ; il y aura sans le moindre doute un personnage asexuel dans le lot. Après tout, les gens ont été et sont toujours poursuivis dans 70 pays pour avoir des tendances sexuelles différentes de la norme, le futur est donc à ceux qui n’auront aucune sexualité. Ca ne m’empêche pas d’avoir froid la nuit, un frisson glacial que même deux couettes n’arrivent pas à contenir.
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