mercredi 23 juillet 2008

Ces âmes, ouvre-les


Il semble que quelqu’un ait convoqué l’espoir.

A peine arrivé à Zürich que je perds mes moyens devant l’abondance d’Européens-mannequins-bogosses-de-la-mort qui flâne dans l’aéroport. Ca doit être ça le choc culturel de la réinsertion, je l’aurais imaginé plus laborieux.

Et c’est une fois en Autriche que toutes les conneries sont faites. Et jamais les susdites conneries n’ont été aussi savoureuses.

Le premier jour, je revois Jess’, et on se caisse direct la gueule au prosecco, ne payant au final que deux verres (dont un de cassé) sur les deux bouteilles consommées ; j’aime les serveurs Autrichiens qui s’emmêlent les pinceaux comme ça. L’après-midi, je me fais arrêter par la police appelée par un autrichien nous ayant vu balancer une plaque du haut du Schlossberg avant de faire pipi dans les vignes, qu’il est bon d’être délinquant. C’est toujours comme ça avec Jess’ ; elle réveille en moi le démesuré, l’inconséquent, le malavisé, l’inconsidéré… C’est rare, et toujours si intense que quelques heures suffiront pour les mois à venir.

Et le soir venu, je troque mon sourire de bandit pour celui de Kate, qui ne cesse de s’améliorer en français. Elle a toujours une petite mélodie germanique, mais sa langue est autrement irréprochable.  Le barbecue chez elle est sans prétention, un moment de détente où les minutes frissonnent et les gens sont raisonnablement volages.

Puis vient samedi dernier, où je prends le train pour Vienne, pour retrouver M. Des mois sans nouvelles si loin l’un de l’autre n’auront pas eu raison de ce lien qui, à défaut d’un vocabulaire plus adapté, continue de se tisser tant bien que mal. Comme pour chaque rencontre avec lui, je me prépare une consistance qui se fendillera après deux phrases, mais au moins ça m’occupe pendant tout le trajet, et m’évite de trop penser à rien. Et c’est une fois assis à un café dans le Museumsquartier que le dialogue rompu si abruptement reprend comme si de rien n’était. Je rencontre son cercle, je lui parle de moi, et lui m’écoute, toujours avec cette patience et cette bienveillance camouflées derrière un masque d’indifférence qui lui est si propre, et les non-dits prennent tous leur sens, comme au Japon, mais en tellement plus profond. Il me conforte dans l’idée que le chemin que j’empreinte est celui qui me convient.

Je retourne le lendemain à Graz, avec une émotion que j’étouffe par deux écouteurs vissés à mes oreilles. Je ne le reverrai pas avant l’année prochaine, mais, comme pour un anniversaire sans en avoir le nom, je ne peux m’accrocher qu’à la promesse qu’il y en aura un autre.

Tout ça m’amène à me poser la question de qui je suis ? Qu’est-ce que ça m’énerve que quelqu’un me dise « Sois toi-même ». Je suis conscient d’avoir plein de facettes différentes, que je mets en avant avec certaines personnes. Certaines facettes me rendent mal à l’aise, d’autres me grisent, et me dégrisent tout autant suivant la temporalité. A croire qu’on a autant de facettes que d’amis ; une pour chaque, jamais la même suivant les situations. Certains traits restent sans doute constants, mais fondamentalement, que je sois avec ma sœur, Jess’, ou Kate, je ne serai pas la même personne. Parce que, et citons Beigbeder, une seule personne, c’est personne. 

samedi 5 juillet 2008

Le chant des coquelicots


Autant être parfaitement honnête avec vous ; je sais où je veux en venir avec ce ticket, le souci est que je ne sais pas comment y arriver. Ca arrive à tout le monde, on a la bonne intention matinée d’une douce motivation, mais on refuse d’écrire n’importe quoi ; on laisse ça au carnet vert. Donc on fait ce qu’on peut, on embraille, on calle parfois, on fait marche arrière parce que dans une impasse, mais toutes les routes même au Rhum, non ?

Les étoiles sont taquines, et font en sorte que je rentre en Europe dans une semaine, et ce, jusqu’en septembre. Loin d’être prévu, ce retour ouvre un prisme de possibilités vertigineuses.

C’est ainsi qu’avec Sœurette on a prévu à l’arrache un petit vroom vroom à travers l’Europe, parce qu’on n’a jamais eu l’occasion de le faire avant. C’est également pourquoi j’ai envoyé à l’instant un mail à A., pour lui proposer de se revoir. Je m’interroge encore quant au motif de cette démarche bancale. Sans doute parce qu’aujourd’hui, plus encore qu’hier, je suis prêt à reconnaître que ce parasite assis dans son hamac à scratcher dans son bled du Rhône-Alpes a été la pire et la meilleure chose qui m’ait arrivé. Je sais qu’il dira non, mais j’essaye encore et toujours, d’ailleurs n’était-ce pas Einstein qui un jour a dit que la folie consistait à refaire la même chose encore et encore en espérant un résultat différent ?

Outre le nabot new-age, je vais surtout revoir ces gens qui, et à avoir été loin d’eux maintenant je me rends compte de ce que leur proximité m’a apporté de précieux, me font sentir chaque kilomètre nous séparant. Ce sera un bel été, pourvu que les bordures de route soient pavées de coquelicots ; ce sont eux qui m'ont dit de revenir, et ils ne m'ont pas trop mal guidé dans ce message non plus.