
Tellement de choses se sont passées depuis le premier que je ne sais trop par où commencer. En l’espace de vingt jours, j’ai eu le temps de vivre l’expérience professionnelle la plus intéressante que j ‘aie pu avoir en travaillant dans un bar qui a ouvert avec moi, de m’y faire virer, de bouger dans un appartement plein de vide, de jouer par deux fois les sauveurs en hébergeant des amis bien trop pétés pour rentrer chez eux… En condensé, c’est ça.
En fait, le mois de juin a été un vrai bordel. Comme à chaque fois que l’on change d’appartement, on passe nos premiers jours à se cogner partout, à s’écorcher sur des rebords qu’on apprendra soigneusement à éviter, on apprivoise doucement l’espace, on personnalise les moindres recoins. J’aime beaucoup cette phase ; on fait rarement mieux en terme de découverte.
Il y a aussi l’exploration des grandes avenues, que l’on découvre en premier. Et puis il y a ces petites rues de trois fois rien par lesquelles on finit par passer tard le soir, parfois même pour s’y attarder, une heure, un mois, ou huit.
Le signe qui ne trompe pas, ce signe qui nous fait dire que ça y est, on est installé, c’est quand finalement on a Internet. Avant ça, on reste bercé par une absence totale de ce qui se passe aux alentours, on dénoue temporairement le cordon qui d’habitude nous permet de parler à ces gens qui pourtant sont si loin. Et ces quelques semaines séparé de ma plus grande addiction m’ont curieusement empli successivement d’une drôle de sérénité, quand justement je prenais le temps d’avoir le temps, et d’une excitation constamment renouvelée, quand je savais qu’une grande soirée s’annonçait au bar, ou simplement pour aller retrouver de nouvelles connaissances à qui l’on doit une fois de plus tout raconter, en essayant à chaque fois de reformuler nos expériences pour qu’elles prennent toujours une couleur plus vibrante, à mi-chemin entre le sépia de la nostalgie, et les couleurs qui permettent à quelqu’un de s’y voir.
Je me ainsi suis mis à lire des livres, à sortir, parce que de rester devant un écran, à végéter de ce que les autres font, au fond, ça ne nous empêcherait pas de vivre ? Et curieusement, je n’ai pas été aussi content que ça d’avoir Internet ; c’est comme si de pouvoir retrouver cette routine, de pouvoir à nouveau passer des heures sur le net m’empêchait de faire quelque chose de bien plus enrichissant à la place. Mais parfois, ça fait tellement de bien de savoir que les autres vont bien aussi qu’on n’en veut pas au temps de nous voler quelques minutes qu’on pourrait passer à faire autre chose.
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