Quand on doit en venir à faire péter le costard pour se fondre dans la masse, c’est vraiment qu’il y a comme un besoin de changement dans l’air fraîchement renfermé de mes relations. Parfois, c’est le mariage, ou un nouveau boulot. Pour moi, l’événement déclencheur a été la cérémonie de remise des diplômes. Comme on s’en douterait avec ces chères lanternes en crépon, l’événement était cerné par une organisation irréprochable, mais je m’égare.
En fait, on ne se rend compte que les choses vont changer seulement quand on est mis devant le fait accompli. Que ce soit sous la forme d’un ordinateur tout beau tout neuf pour remplacer l’ancien qui nous a lâché sans le moindre signe avant-coureur, nageur ou, soyons fous, escaladeur, ou bien une visite opportuniste à Tokyo pour rechercher le studio idéal, le changement, tel un caméléon ayant un peu trop fumé de cigarettes qui font rire, peut réserver bien des surprises tant son spectre de possibilités est étendu. Il est positif quand justement ce n’est pas ce signe qui s’inscrit à côté d’un résultat du VIH ; c’est un peu la promesse que, oui, le nouveau départ se fera avec un sourire en courge et les yeux brillants de quitter une ville qui – sans être d’un grand intérêt ludique – a été le théâtre mélodramatique de mes premières frasques en Japonie.
Parce qu’il y a toujours un revers à la médaille tamponnées par autant de visas que les pages d’un passeport sont limités, dire au revoir restera toujours la malédiction du changement tel que je le considère. C’est sûr, on promet dans des embrassades sans fin et avec le si populaire pléonasme que bien évidemment, on va se revoir, et qu’on gardera contact de toute façon, mais au fond, on croit autant en ces paroles qu’au fait que quand les chemins se séparent, la forêt est si dense qu’il faudra beaucoup de chance pour qu’ils se recroisent.
Mais au fond, c’est dans des moments pareils que je ne cesse d’être convaincu que c’est comme ça que j’envisage de vivre. Je vais d’ailleurs rebondir sur la phrase d’un gars qui ne se reconnaîtra pas, puisqu’il n’a pas l’adresse de ce blog (haha) : Tu es peut-être au Japon pour te sentir encore plus particulier. C'est souvent ce que je soupçonne chez les gens qui s'épanouissent à l'étranger, qui ont besoin d'être étranger. Oui, forcément, ça rend intéressant sans rien faire d'autre que d'être étranger.
Il y a des gens qui pensent ça, et selon moi, c’est parce qu’ils n’ont pas le courage, ou, pire, l’envie de suivre le vent pour être porté autre part. La majorité des gens sont fermement enracinés dans un pays, une ville, un village, une maison toute leur vie, tout convaincu qu’ils sont de ne pas pouvoir trouver mieux ailleurs. Et les mots me manquent pour exprimer l’ampleur de mon scepticisme face à ce genre de mentalité frôlant le casanièrisme (oui, j’ai toujours aimé les barbarysmes).
Alors oui, j’aime être étranger, parce que c’est ma manière de ne pas rester sur mes acquis, d’être constamment fasciné par ce qui est nouveau. L’inhabituel est mon eau, l’inconnu ma drogue, je me frotte constamment à l’inexploré, et c’est une caresse sans équivalent. Et jamais je pense me lasser de tisser ma propre carte du monde au fil des rencontres, loin du formatage mono-culturel et du patriotisme pseudo-inné.
Quoiqu’il en soit, il y a des choses qui ne changent pas, et ma passion pour les proverbes chinois reste inébranlable, quoique plus discrète, mais pour le coup, j’en citerai un ; marche sans regarder derrière toi si tu veux avancer. Tokyo, me voilà.
1 commentaires:
Joli texte p'tit frère!
Enregistrer un commentaire