mercredi 6 mai 2009

Bande de parias

Okay.
Je suis blindé de caféine et j’ai une épouvantable bougeotte. En plus, Frederick est dans le coin, je le sens, c’est limite viscéral. Vous avez déjà eu cette impression de sentir physiquement la proximité de quelqu’un qui vous obsède ? Je peux vous dire que c’est vraiment flippant.
Donc Frederick – en fait, il pourrait s’appeler Basil, Mickey ou même Adolf que ça ne ferait aucune différence ; il a une tête de Frederick (avec l’accent), et comme j’ignore et compte ignorer son vrai nom jusqu’au bout, je l’appellerai ainsi toute ma vie –, l’étudiant-mannequin-bogosse-de-la-mort sur lequel je fantasme depuis que je l’ai vu pour la première fois avant les vacances, n’a absolument pas assimilé le fait que j’existe, et c’est vraiment navrant. Certes, le fait que je perds toute contenance à la moindre de ses apparitions ne me rend pas franchement discret, et son indifférence à mon égard ne peut que me convaincre de son conformisme sexuel.
Et malgré tout, c’est un peu comme une bête incontrôlable qui saute d’Aubry à Taka à Frederick et qui fait tout pour attirer mon attention et accaparer la moindre de mes pensées, et je ne peux que me demander par quel moyen je pourrais apprivoiser l’immonde bestiole afin qu’elle me foute la paix, enfermée dans une cage aux barreaux forgés à grands coups de relativité.
Parfois, j’ai besoin qu’on me dise que je fais de la merde, et pendant quatre jours, ce fut le cas. Céline est venue me voir ; armée de son sac à dos The North Face, et ce fut une demi-semaine démentielle. Qu’il est bon d’être en présence de la spontanéité personnalisée. Céline, comment vous dire… Elle est franche ; elle dit ce qu’elle pense, et aspire à la simplicité. Son humour est teinté de noir, de pathétique et parfois même de franchement lamentable, de ce qui ne peut pas se traduire et de ce qui fait des bides monumentaux, de barbarismes lyriques et de vulgarités séraphiques. Elle cultive sans trop de difficulté le politiquement incorrect, et je l’adore ma Céline. En sa présence je redécouvre l’humilité, la facilité d’être juste avachi dans l’herbe de Hampstead Heath à essayer de prononcer New Hampshire à l’anglaise sans jamais y arriver, de débattre si implémentation c’est du français qui ne figure que dans mon dictionnaire de paria ou si c’est – autant se l’avouer – un mot que tout le monde utilise en grand secret tellement il est puissant, de s’amuser des gens qui passent et du temps qui court sans fondamentalement trop changer les choses, de rire, de tellement rire qu’on en vient à en avoir mal au bide.
Et qu’il est dur de dire que oui, bien sûr on va se revoir bientôt, et de retourner à une routine à laquelle on a réussi à échapper pendant une fraction d’éternité sans qu’elle nous manque vraiment. Qu’il est dure de se dire qu’on a touché du bout des doigts au bonheur d’être avec quelqu’un dont la douce connerie ne nous lasserait probablement jamais, de réaliser que de rouler dans la rue en pleine nuit un canapé piqué chez un voisin jusqu’à chez moi parce qu’on a besoin de places assises pour le barbecue, ça ne se reproduira pas de si tôt.
Il y a des gens qu’on aimerait cloner pour diverses raisons plus ou moins inavouables, une d’elles serait qu’au lieu de fuir ce qui nous fait peur, on n’a qu’une envie, se rapprocher de ce qui nous fait du bien. Et la prochaine personne sur cette liste, c’est Paul.

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